samedi, 26 avril 2008

Les articles de la presse sur le débat à Rimbach

Dernières Nouvelles D'alsace, Samedi 26 Avril 2008. / Thann   Vallée de la Doller / Société
Quelle santé, et pour qui ?

 


Une assistance nombreuse et déterminée au foyer rural de Rimbach. (Photos DNA)
Une réunion publique musclée à Rimbach-près-Masevaux a une nouvelle fois posée cette question récurrente : à quelle santé ont droit les habitants de la communauté des communes de la Doller et du Soultzbach ?

Un habitant et ancien adjoint de Rimbach, Adrien Behra, a été confronté durant le dernier week-end de Pâques à un sérieux problème de santé. Avec une ambulance diligentée par le 15, il lui a fallu exactement deux heures pour rejoindre l'hôpital de Thann.  Après diverses péripéties, il arrive à Mulhouse où il sera opéré : « Je me sens bien, merci », dit-il maintenant. Mais tout le monde ne peut pas en dire autant : il y a quelques mois, un couple de Guewenheim avait appelé lui aussi le 15, leur fils étant en détresse respiratoire. Ils ne pourront pas parler au médecin régulateur, mais seulement à un de ses agents, qui n'évaluera pas correctement la situation, et le jeune homme décédera une heure après, chez eux à la maison, sans avoir reçu le moindre soin. Son père, qui a été pompier bénévole durant 27 ans, est particulièrement amer : « J'ai vu une fois l'hélicoptère de la Rega intervenir sur un accident de la circulation pour une simple clavicule cassée, lance-t-il, et pour nous le 15 n'a rien pu faire ! »

Deux médecins pour 78 000 habitants !

 Adrien Behra avait invité les représentants des 17 communes de la Doller et du Soultzbach : près de 200 personnes ont répondu à son appel, des élus, des habitants de Rimbach, toutes générations confondues, ainsi que des sapeurs-pompiers. Mais aucun médecin, personne du SDIS (service départemental d'incendie et de secours) et personne du Samu ou du Smur (service médical d'urgence). A la tribune, à côté de M. Behra et de sa fille Rosalie, le conseiller général et maire de Niederbruck Jean-Luc Reitzer, et le maire de Rimbach Francis Behra. « Le sujet est sensible dans notre secteur et on peut parler d'un constat de carence », indique immédiatement Jean-Luc Reitzer qui ne mâche pas ses mots, en laissant entendre que des médecins, « ont eu des instructions pour ne pas être là ».  Il enchaîne : « Le préfet est responsable des secours, qui doivent travailler dans la meilleure harmonie possible, mais ce n'est pas toujours le cas ». Et d'évoquer une réunion déjà tenue à la sous-préfecture de Thann : « Personne ne veut reconnaître qu'il y a des problèmes », alors que, en coulisse, les hauts responsables du SDIS « admettent que la situation est préoccupante ».  Cette situation, quelle est-elle ? Sur tout le pays Thur-Doller, chaque week-end et jour férié, il n'y a, pour les 78 000 habitants, que deux médecins de garde et une seule ambulance privée. Les deux médecins sont d'astreinte à la Maison Médicale de Thann, ce qui complique les choses quand on habite au fond de la vallée de la Doller. Mais Jean-Luc Reitzer admet que ce dysfonctionnement est un problème national.

« On nous doit des explications ! »

 Dans l'assistance, les témoignages accablants s'accumulent. « Il est plus facile d'avoir un vétérinaire qu'un médecin », assure quelqu'un. Le maire Francis Behra a personnellement vécu une situation de détresse. « On n'est pas abandonné, mais les moyens sont insuffisants et cette réunion permet de remettre sur la table ce problème récurrent », dit-il.  Un problème qu'André Reitzer avait déjà soulevé au conseil municipal de Masevaux en 2005, sans obtenir de réponse des autorités. En fait, comme le rappelle le conseiller général, tout tient en la décision du médecin régulateur du 15, qui peut seul décider de faire appel au prompt secours (Samu ou pompiers) ou d'envoyer une ambulance privée, ce qui peut prendre des heures !  Mais le maire de Soppe-le-Bas Francis Guttig passe outre : « Pour un petit accident de la circulation, on voit de suite le VSAB (véhicule de secours aux blessés) des pompiers, alors que pour un problème à la maison il n'y a rien ! Moi, j'ai demandé aux pompiers de mon village de désobéir et d'intervenir aussi pour les habitants ! »  Conseiller municipal de Masevaux, Franck Dudt, suggère le lancement d'une procédure d'analyse pour envisager une maison médicale dans la vallée. Jean-Luc Reitzer, après avoir redit que « les pompiers, le Samu, le SDIS et les autorités nous doivent des explications », appelle à une nouvelle réunion avec le sous-préfet, pour qu'il y ait davantage de médecins de garde le week-end, et qu'ils disposent d'un véhicule léger d'intervention.  Quant aux habitants de la vallée de la Doller, ils ont bien du mal à comprendre que, sur les douze médecins généralistes de leur secteur, un tour de garde ne puisse pas être organisé, comme cela était le cas il y a quelques années. Mais ni la situation financière de la Sécurité sociale ni la position des jeunes médecins n'incitent à l'optimisme !


P.Br.

L'alsace, Samedi le 26 Avril 2008   Vallée de la Doller L’organisation des soins fait débat

Plus de 200 personnes ont assisté jeudi soir à la réunion-débat sur le thème « les services d’urgences et les gardes médicales en place les week-ends dans la vallée de la Doller ». Une réunion, selon le mot du conseiller général Jean-Luc Reitzer, « d’information et de revendication ».

Un vrai succès ! Il a fallu, jeudi soir, aller chercher des chaises supplémentaires tant il y avait de monde au foyer rural de Rimbach : au moins 200 personnes. Preuve que le thème de la réunion-débat organisée par Adrien Behra sur « les services d’urgences et les gardes médicales en place les week-ends dans la vallée de la Doller » a fait mouche. Parmi l’assistance, on notait la présence d’élus de plusieurs communes de la vallée. Après qu’Adrien Behra ait raconté sa mésaventure médicale entre le « 15 », le Samu et les pompiers («L’Alsace » du 22 avril), le conseiller général Jean-Luc Reitzer a pris la parole pour présenter au public, sur la base des informations qu’il avait pu recueillir, d’une part le fonctionnement des urgences et d’autre part celui des gardes médicales (lire aussi ci-dessus). Il a ainsi rappelé que l’organisation des secours relève de l’État via le préfet et que depuis 2005, il a alerté à deux-trois reprises ce dernier sur les délais d’intervention beaucoup trop longs entre le coup de téléphone du patient et son arrivée dans un centre hospitalier. Il a aussi évoqué la fameuse séparation « intervention sur la voie publique = pompiers, intervention à domicile = Samu » qui n’est plus aussi stricte qu’avant : sur demande du « 15 », les pompiers peuvent désormais intervenir chez un patient. « Mais tout cela est une question financière, a-t-il lancé.On ne reviendra pas en arrière sur le système de gardes mis en place, mais deux médecins de garde pour 78 000 habitants, est-ce suffisant ? Et une seule ambulance, c’est un peu léger… » Il a conclu en annonçant la prochaine tenue d’une table-ronde rassemblant tous les acteurs du dossier et proposé l’organisation d’une nouvelle réunion d’information, avec cette fois des représentants du « 15 » et du SDIS de Colmar, dont dépendent les pompiers.

La mort d’un jeune de 16 ans

Puis la parole a été donnée à quelques témoins qui ont à leur tour livré leur (mauvaise) expérience. À commencer par le maire de Rimbach, Francis Behra qui a raconté comment, l’ambulance ne pouvant venir avant une heure trente, il avait lui-même emmené à l’hôpital une personne victime d’un traumatisme crânien. « Nous ne sommes pas abandonnés, a-t-il conclu. Mais les moyens ne sont pas assez importants. La Sécu visse les comptes… » Puis toute la salle a été bouleversée en entendant l’histoire d’un couple de Guewenheim dont le fils de 16 ans est mort, le 17 janvier, d’un arrêt cardiaque. Constatant qu’il avait du mal à respirer, sa maman avait pourtant appelé le « 15 » avant midi, sans parler directement au médecin régulateur mais à un agent. La gravité de la situation médicale du jeune homme aurait été mal évaluée. Quand les secours sont arrivés, vers 14 heures, c’était trop tard pour l’adolescent. Comment comprendre alors qu’a côté de cela, un hélicoptère se déplace pour la clavicule cassée d’un randonneur ? « Ce n’est pas qu’une question de moyens, mais d’organisation, a fulminé Francis Guttig, maire de Soppe-le-Bas. Pour le moindre accident de la circulation, aussi bénin soit-il, on envoie le VSAV (véhicule d’assistance aux asphyxiés et aux victimes) des pompiers, et pas pour des problèmes médicaux sérieux. Les pompiers de ma commune sont sous ma responsabilité, il m’arrive de leur donner l’ordre de désobéir au SDIS. Le problème, c’est que les gens qui prennent les décisions sont à 30 km d’ici ! »

Une Maison médicale dans la vallée ?

Parmi les propositions, l’instauration d’un médecin de garde supplémentaire et la mise en place de moyens ambulanciers plus importants, comme le fameux véhicule léger attendu depuis des années à l’hôpital de Thann. Le socialiste Franck Dudt, conseiller municipal de Masevaux, a proposé pour sa part la création d’une Maison médicale de garde dans la vallée. Mais avant toute chose, a-t-il ajouté, « il faut défendre l’hôpital de Thann, menacé par la politique gouvernementale. » Une pétition a été lancée à l’issue du débat.

À NOTER Le 22 mai, Télé Doller diffusera en direct un grand débat sur ce thème des urgences et des gardes médicales.