lundi, 01 mars 2010

Retour sur le livre de Philippe Richert : « Passion d’Alsace »

Vous trouverez ci-après la note de lecture que j'ai préparé à partir du livre de Philippe Richert. J'ai lu avec attention l'ensemble de l'ouvrage pour bien comprendre la logique et les aspirations du candidat UMP aux élections régionales alsaciennes.


 

Philippe Richert, Sénateur du Bas-Rhin, Ancien Président du Conseil Général du Bas-Rhin et candidat UMP aux élections régionales a écrit un livre paru en février 2009 intitulé « Passion d’Alsace ». Cet ouvrage s’apparente à un « livre-programme » dans le cadre de la préparation de sa campagne électorale.

 

Le livre de Philippe Richert débute par la préface du Président de la République qui reste bien creuse et n’apporte aucun éclairage sur la suite du livre en question.

 

Philippe Richert commence son ouvrage par le chapitre « Une France moderne » où il fait l’apologie des actes 1 et 2 de la décentralisation. Dans un passage intitulé « la démocratie locale selon Gaston Defferre », il cite tout un passage d’un discours de l’ancien Ministre de l’Intérieur de François Mitterrand lors du vote de la première loi de décentralisation. La tentative de récupération est flagrante. Comme Nicolas Sarkozy avec Jean Jaurès, lors des présidentielles de 2007, Philippe Richert reprend à plusieurs reprises dans son livre Gaston Defferre et Pierre Mauroy sur l’acte 1 de la décentralisation. Pourtant, en défendant la réforme des collectivités locales du gouvernement, Philippe Richert participe à l’acte 1 de la recentralisation jacobine voulu par Nicolas Sarkozy.

 

Le livre de Philippe Richert est composé d’un florilège de mots pour meubler les pages : « Conviction, organiser, épanouissement, cohérence, technostructures, dynamique, opportunité, initiatives, proximité, efficacité »… un empilement de mots, pages après pages pour faire semblant, pour faire croire… Le livre de 160 pages aurait pu en comporter nettement moins sans cet empilement de mots pour remplir le livre.

 

Il est également à noter que le livre laisse transparaître une certaine nostalgie de la période où l’auteur était Président du Conseil Général du Bas-Rhin, notamment dans le passage sur « Des hommes et des territoires » qui semble être la principale fierté de Philippe Richert. Dans le chapitre intitulé « Les chantiers de la réforme », 34 pages sont consacrées à ce sujet et l’expression « Des hommes et des territoires » y revient 23 fois !

Il semble tellement fier de son action à travers « Des hommes et des territoires » qu’il voudrait transposer à l’ensemble de l’Alsace ce concept. Ce concept qu’il a mené au Conseil Général du Bas-Rhin consiste en l’idée de mettre en place une concertation sur plusieurs mois avec les acteurs et usagers du département pour ensuite définir un nouveau mode d'organisation des services notamment dans les territoires. La création des « Maisons du département » en est la mesure phare.

 

L’idée majeure du livre de Philippe Richert consiste à créer un Conseil d’Alsace Unique regroupant les élus des deux départements et de la Région. Philippe Richert envisage non pas un Conseil d’Alsace Unique, mais bien un département d’Alsace unique, pour lui permettre de développer ce qu’il a crée au Conseil Général du Bas-Rhin sur toute l’Alsace. Son idée, c’est en quelque sorte, la fin du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. A mon sens, il faudrait plutôt achever la carte intercommunale et demander le transfert des compétences de « l’action sociale » aux intercommunalités, pour gérer dans une plus grande proximité et à ce moment là, nous poser la question de l’évaporation des Conseils Généraux en Alsace.

 

Son engagement :

Philippe Richert se définit comme un Chrétien-démocrate et c'est ainsi qu'il justifie son adhésion à l’UMP. Il fait également l’apologie de la politique « environnementaliste » du gouvernement et notamment du Grenelle de l’environnement. Est-ce que les alsaciens voient l’instauration de la Taxe Carbone, qui risque de peser sur la fiscalité des ménages, du même œil que lui ?

Son engagement a été principalement d’être candidat à pratiquement toutes les élections : Conseil Général, Conseil Régional, Ville de Strasbourg en 1995, au Sénat… etc…

 

Un point intéressant résulte dans le fait qu’à la différence de la droite alsacienne en général, Philippe Richert n’a pas, dans son livre, cette propension à vouloir intégrer la culture et l’identité alsacienne comme un joyau de la droite locale. Lorsqu’il écrit sur l’histoire de la région ou du dialecte, il le fait comme un alsacien et rien d’autre. Nous ne devons pas laisser ce thème de l’identité à la droite-UMP : chaque alsacien doit être alsacien à sa manière, dans son secteur, avec ou sans le dialecte, en ville, à la campagne, du Nord au Sud…

 

En page 118, il est écrit « Oui, je crois que l’Alsace, décentralisatrice par conviction, a su profiter des libertés d’initiative que la décentralisation a données à toutes les régions. Pour autant, est-il interdit de se demander si on ne peut pas faire mieux encore, aller plus loin ? » Lorsqu’il écrit ses lignes, le Sénateur Richert ne connait pas encore le résultat du projet recentralisateur du gouvernement. Qu’en pense-t-il maintenant ? Comment aller plus loin avec toujours moins de moyens ? Lorsque Jean-Pierre Raffarin a attaqué le projet de loi avec de nombreux sénateurs, où était Philippe Richert pour défendre la décentralisation ?

Un autre passage édifiant, page 95, « La décentralisation ne peut pas être qu’un transfert des responsabilités de l’Etat vers les collectivités locales. » Très bien. Mais que fait la majorité UMP du Sénateur Philippe Richert à part transférer des compétences aux collectivités sans les ressources adéquates?

 

Mais, avant d’envisager le Conseil d’Alsace Unique, Monsieur Richert serait bien inspiré de remettre au goût du jour la proposition qu’il avait faite en septembre 2000 de créer « une commission composée d’élus de toutes les tendances …/… qui pourrait réfléchir à l’évolution souhaitable de la structure de nos collectivités ».

 

Dans les priorités qu’il fixe pour l’Alsace, il est à noter que seule une page et demi est consacrée à la recherche et à l’offre foncière pour les entreprises. Seulement deux pages sur les transports et uniquement des constats sur les TGV, les aéroports de Bâle-Mulhouse et Entzheim, la critique de Dominique Voynet sur les liaisons fluviales, mais, malheureusement, aucune proposition audacieuse ou concrète. Sur les routes, la seule idée qui ressort, c’est le contournement de Strasbourg, alors que le PS du Bas-Rhin et les Verts sont contre. Sur la formation professionnelle, il existe quelques mots dans le livre, mais sans ambition majeure.

Page 104, Philippe Richert indique : « Après plusieurs années de prospérité et d’expansion, notre région …/… doit faire face à des difficultés nouvelles ».

 

Un livre, qui parle de l’Alsace et des projets d’un des principaux candidats au poste de Président de la Région, ne compte donc que 5 pages sur la situation économique, alors qu’il aurait pu faire un chapitre entier sur le sujet. Au lieu de proposer des solutions à partir des compétences actuelles de la Région Alsace, qui pourraient être mises en œuvre pendant les 4 années à venir, Philippe Richert préfère tout miser sur une réorganisation administrative et politique à travers le Conseil d’Alsace Unique, plutôt que d’apporter des réponses économiques et sociales immédiates.

 

Dans le fond, le livre de Philippe Richert est très « politiquement correct », très « pensée unique alsacienne », dans l’air du temps immuable qui voudrait que l’Alsace reste une terre éternellement de droite.

 

En conclusion, plutôt que de s’appuyer sur les compétences du Conseil Régional d’Alsace (économie, transports, formation…) pour faire redécoller l’Alsace, la seule ambition du Sénateur Philippe Richert consiste à créer une collectivité unique. Pour faire quoi concrètement pour les alsaciens ? A la lecture du livre, on ne trouve pas la réponse à cette question essentielle. Finalement, il semble plutôt que son idée est de créer un « joujou », de se faire plaisir à lui-même, en instituant un Conseil d’Alsace Unique. C’est malheureusement la seule idée du livre et sa seule ambition personnelle.

Commentaires

j'aime beaucoup votre analyse que je trouve très pertinente!

Écrit par : betnet | jeudi, 16 septembre 2010

Cela risque de créer une administration de plus à charge du contribuable. Pas très convaincant.

Écrit par : déstockage mobile | mardi, 17 mai 2011

Je vais le lire. ca m'aidera peut etre à comprendre certaines choses.

Écrit par : Tubes en acier | jeudi, 16 juin 2011

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