samedi, 14 juillet 2007

L'Alsace et la Gauche : le livre de Roland Ries

3e9a3b227afebaca712f4d994e8128b9.jpg"A Franck Dudt, avec mes amitiés socialistes et l'espoir que ce livre permettra d'ouvrir de nouvelles perspectives à la gauche dans cette région. Bien à toi, Roland Ries. Février 2007" : Voilà la dédicace que m'a écrite Roland Ries lorsque j'ai acheté son livre, "L'Alsace et la Gauche", il y a quelques mois. J'ai pris plaisir à parcourir ses pages et à "décortiquer" son message. J'aurais voulu faire cette note beaucoup plus tôt, mais les campagnes présidentielles et législatives ne m'en ont pas laissés le temps.

Le livre de Roland a pour sous-titre : "Un terreau pour la social-démocratie". En choisissant cette phrase, il a clairement marqué son objectif, tracer des perspectives communes entre les sociaux-démocrates allemands et le PS alsacien. Je ne partage pas totalement cette vision. Je ne suis pas un ferveur défenseur de la ligne politique du SPD outre-rhin, même si je reconnais que tout n'est pas a jeté et l'exemple du Land de Rhénanie-Palatinat est particulièrement intéressant. Néanmoins, la conséquence de la ligne politique allemande a conduit à la création du parti de la Gauche, Die Linke. Ici aussi, une ligne trop "ouverte" aurait des conséquences sur la gauche du Parti Socialiste, d'autant que l'histoire des socialistes en France est nettement plus ancré à gauche qu'en Allemagne. Les socialistes en Alsace doivent donc progresser au milieu de ses deux Histoires, celles de la Gauche allemande qu'elle a connu lors de la période d'annexion et qui a permis a certains illustres sociaux-démocrates allemands de faire un bout de leur carrière politique dans notre région, comme August Bebel qui fut député de Strasbourg en 1893 ou encore Wilhelm Liebknecht. L'autre "Histoire" est celle de la période française, qui va de 1918 à maintenant. Le passage du SPD allemand à la SFIO (Parti Socialiste français avant 1969) a considérablement modifié la ligne politique des socialistes en Alsace. Mais depuis presque un siècle de rattachement  à la Gauche française, je ne crois pas beaucoup qu'il y ait encore des convergences communes avec le SPD d'aujourd'hui. Par contre, l'histoire de la région a de très grandes conséquences sur le poids de la Gauche et là, Roland Ries l'explique parfaitement. Son avant-propos intitulé : "L'Alsace, une région éternellement de droite ?" est fort intéressant. Son livre a aussi pour objectif de démontrer que le classement de l'Alsace à Droite n'a pas toujours été vrai. L'un des points où il faut appuyer à mon avis, c'est sur la convergence possible avec le modèle du PS en Bretagne. Cette région était aussi une terre conservatrice et le PS y arrive désormais à faire jeu égal avec la Droite et même à y gagner les élections, comme aux régionales de 2004.

Je souscris totalement à la phrase suivante : "Le moins qu'on puisse dire, c'est que l'engagement politique à gauche dans région aussi fortement marquée à droite ne constitue pas un choix de facilité." : c'est pour moi une évidence. Roland Ries pense que la question de l'identité et de la spécificité régionale doit permettre à la Gauche d'être ré-enraciner en profondeur. Pour ma part, j'ai tendance à penser que plus que jamais, les valeurs de la République dite "une et indivisible" doivent être au coeur du projet et de la rénovation à Gauche. Je préfère laisser la ligne identitaire à d'autres, même si je reconnais que nous devons prendre notre part et englober le sentiment alsacien qui fait que le consensus est une des particularités locales en politique.

La piste qui me semble la plus adaptée pour l'avenir du Parti Socialiste en Alsace est certainement celle qui doit permettre au "personnel" politique socialiste d'inscrire son action dans la durée. Il faut en effet soutenir nos candidats à s'implanter notamment en milieu rural. La Gauche a beau "tenir" des bastions, comme dans le Bassin Potassique ou dans les zones urbaines, nous ne progresserons sérieusement qu'en nous implantant dans les zones rurales de la région.

Un autre point auquel je souscris pleinement concerne "Le discours de victimisation". Je crois comme Roland Ries que "nous avons mieux à faire en Alsace que de pleurer sur notre sort fantasmé de victimes." Petit-fils de "malgré-nous", je connais mes racines et j'ai toujours eu beaucoup de mal à comprendre le discours souvent employé à Droite en Alsace, qui consiste à dire que "nous ne sommes pas compris à Paris". Au contraire, personnellement je suis fier de notre région et je pense qu'elle ne manque pas d'atouts et qu'au lieu ne nous lamenter sur notre soit disant "sort", nous devons aller de l'avant. Il en est de même pour la Gauche alsacienne.

Si je ne m'oppose pas au développement de la langue allemande et au bilinguisme, je ne suis pas certain que la ligne de promotion du bilinguisme dans les écoles soient la meilleure option pour justement sortir de notre discours de victimisation. En fait, j'ai plus tendance à penser que cette voie est un repli sur notre région pour nous enfermer "entre nous".

Dans le domaine des valeurs républicaines, le passage sur la Laïcité m'a particulièrement interpellé. Je crois qu'une partie de l'évolution électorale du Parti Socialiste en Bretagne est aussi le fait de la progression des valeurs laïc. Je suis donc plutôt favorable à une évolution douce dans notre région, comme le propose Roland Ries dans son passage sur l'enseignement religieux quand il indique que "Le moment est venu de supprimer le système de demande de dispense. Les parents devraient être informés de la possibilité de suivre un enseignement religieux. Ce serait à ceux désireux d'inscrire leur enfant à ces cours de le formuler expressément." Comme le précise Roland Ries, la commission Stasi dans son rapport sur la Laïcité remis au Président de la République et l'association locale "Laïcité d'Accord" soutiennent cette idée. Elle me semblerait plus en phase avec l'évolution religieuse de la région et permettrait aux parents qui ne souhaitent pas inscrire les enfants dans ses cours de ne pas se sentir stigmatisés.

Le livre étant paru en janvier 2007, il est bien évident que les résultats des diverses élections de cette année change la donne. Lors de la présidentielle, les alsaciens ont encore largement préférés Nicolas Sarkozy à Ségolène Royal, malgré la mobilisation militante qui a été plus importante à Gauche sur le terrain. Les législatives aussi, où très largement, la Droite a battu la Gauche dans la région, le seul "survivant" étant encore une fois Armand Jung à Strasbourg (en zone urbaine). Dans les terres rurales, comme le nord de la région ou le Sundgau, la Gauche ne pèse rien. Dans le canton de Ferrette, la candidate du PS, pourtant Conseillère Régionale et candidate pour la deuxième fois, ne réalise que 5% des voix ! La route est encore très longue. J'espère néanmoins pouvoir voir un jour la Gauche majoritaire en Alsace. Mais, le départ de Jean-Marie Bockel au gouvernement a fragilisé les bases du PS dans le Haut-Rhin et je pense plutôt qu'un nouveau départ, comme dans les années 70 est au rendez-vous. Le PS mettra peut-être 10 à 15 ans à retrouver de bonnes bases dans le département et ensuite, si les choses avancent bien, nous pourrons envisager la victoire régionale et départementale. L'important, c'est d'avoir des hommes et des femmes de valeurs comme Roland Ries, Catherine Traumann, Armand Jung, Jean-Pierre Baeumler, Michel Habib ou encore Jo Spiegel pour appuyer la jeune génération qui aura pour mission de conquérir l'Alsace !

Avant de conclure, j'invite toutes les personnes qui désirent mieux connaître l'histoire politique de la région et de la Gauche en Alsace et toutes celles et ceux qui rêvent de voir l'Alsace majoritairement à Gauche à acheter l'ouvrage, à le lire et à en diffuser son contenu : http://www.lalsaceetlagauche.net/

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